La place du champagne dans les cérémonies nuptiales de la communauté yira, également appelée Nande, soulève des interrogations sur l’évolution des pratiques culturelles et la valorisation des boissons traditionnelles. À l’occasion de la journée consacrée au champagne, célébrée le 27 octobre selon les éléments du reportage, la RTEE Kivu a approché le chef de travaux Karongo Pantaleon, expert en cultures africaines, pour comprendre les raisons qui expliquent la préférence accordée à cette boisson étrangère lors de certains mariages, au détriment des produits locaux.
Pour cet expert, cette préférence s’inscrit notamment dans une perception persistante selon laquelle les produits importés seraient plus prestigieux ou de meilleure qualité que ceux issus des traditions locales. Cette représentation influence les choix opérés lors des cérémonies familiales, où les boissons servies peuvent également être considérées comme des marqueurs de statut social et de modernité.
« Dans plusieurs cérémonies, notamment les mariages, le champagne est parfois perçu comme un symbole de prestige parce qu’il vient de l’étranger. Il existe encore, dans nos sociétés, une tendance à considérer que ce qui est importé est nécessairement meilleur que ce que nous produisons localement. Cette manière de penser peut conduire à accorder davantage de valeur aux boissons étrangères qu’aux produits issus de notre propre culture. Pourtant, nos traditions possèdent aussi des éléments qui méritent d’être connus, respectés et valorisés. »
Karongo Pantaleon invite ainsi à porter un regard critique sur les habitudes qui se développent autour des cérémonies nuptiales. Sans nécessairement rejeter les boissons importées, son analyse met en avant l’importance de préserver les pratiques culturelles locales et de reconnaître la valeur des produits traditionnels dans les moments symboliques de la vie communautaire. Parmi les boissons traditionnelles auxquelles il fait référence figure la kasiksi, une boisson locale consommée notamment dans certaines communautés de la région. Pour cet expert, son utilisation dans les cérémonies peut contribuer à maintenir un lien avec les pratiques héritées des ancêtres et à affirmer une identité culturelle propre.
« Lorsque nous organisons une cérémonie qui nous ramène à notre identité et à nos valeurs traditionnelles, nous devons aussi réfléchir aux produits que nous choisissons de mettre à l’honneur. La kasiksi peut avoir sa place dans les cérémonies où l’on souhaite exprimer notre attachement à l’authenticité culturelle. Il ne s’agit pas d’interdire le champagne ni de rejeter tout ce qui vient d’ailleurs, mais de ne pas oublier nos propres richesses. Valoriser nos boissons traditionnelles, c’est aussi reconnaître une partie de notre patrimoine et transmettre cet héritage aux générations futures. »
Cette réflexion ouvre un débat plus large sur la place des produits locaux dans les événements sociaux et familiaux. Dans un contexte où les influences extérieures participent à l’évolution des modes de consommation, la valorisation des boissons traditionnelles peut être considérée comme un moyen de préserver certaines pratiques culturelles, tout en favorisant la reconnaissance des savoir-faire locaux.
La question dépasse ainsi le seul choix entre le champagne et la kasiksi. Elle renvoie à la manière dont les communautés définissent le prestige, entretiennent leurs traditions et transmettent leur patrimoine culturel. Pour Karongo Pantaleon, l’enjeu est de permettre aux pratiques locales de conserver leur place dans les cérémonies, sans exclure les apports extérieurs.
Babacar Vikwa, à Butembo