Face à la persistance de l’insécurité et à la maladie à virus Ebola au Nord-Kivu, le Mouvement Rasta Ouran appelle à une réponse qui ne soit pas uniquement médicale ou militaire, mais également spirituelle et culturelle. Ce message a été porté ce mercredi 26 août 2026 à Butembo, à l’occasion d’une parade spéciale organisée au siège central de Londo par l’Orientation de l’Unité des Rastas de l’Afrique Noire, OURAN. Les membres du mouvement ont réfléchi sur les comportements à adopter face à ces deux fléaux et sur la nécessité, selon eux, de renouer avec les valeurs de l’identité bantoue.
Cette journée de réflexion a réuni les membres du mouvement, mais également des personnes extérieures à cette structure. Elle a été consacrée notamment à la sensibilisation sur les mesures de prévention contre Ebola ainsi qu’à une réflexion sur les causes profondes de l’insécurité qui affecte plusieurs régions du Nord-Kivu.
La première partie de l’activité a été consacrée à la sensibilisation aux gestes barrières contre la maladie à virus Ebola. Cette séance a été assurée par une équipe de l’Organisation mondiale de la Santé, l’OMS, venue rappeler les principales mesures permettant de limiter les risques de transmission de la maladie.
À cette sensibilisation se sont ajoutées des démonstrations pratiques réalisées par l’équipe des Enterrements dignes et sécurisés, EDS. Elles ont notamment porté sur le prélèvement d’échantillons, la sécurisation des corps ainsi que les procédures de décontamination.
Cette implication des acteurs sanitaires a permis aux participants de mieux comprendre les précautions à prendre face à Ebola, particulièrement dans un contexte où les communautés sont appelées à collaborer avec les équipes engagées dans la riposte.
Le guide du mouvement Rasta Ouran, Kathembo Mulwahali Chaniko, dit Thathakulu wa Thathakulu, a pour sa part réaffirmé l’attachement de son mouvement au respect des mesures édictées par les autorités. Il affirme qu’aucune résistance aux consignes officielles ne doit être enregistrée au sein du camp des Rasta Ouran.
« Nous avons toujours dit que nous sommes obéissants aux autorités. Lorsqu’une mesure est prise pour protéger la population, nous devons la respecter. Aujourd’hui, avec Ebola, nous avons accepté de recevoir les équipes qui sont venues nous sensibiliser et nous montrer les pratiques à adopter. Il n’y a aucune résistance de notre part. Nous voulons que notre communauté soit protégée, et nous voulons aussi que chacun comprenne que la lutte contre cette maladie demande la responsabilité de tous. »
Au-delà de la question sanitaire, Kathembo Chaniko estime toutefois que les problèmes auxquels la communauté est confrontée trouvent également leur origine dans une crise spirituelle et identitaire. Pour lui, la réponse à l’insécurité ne devrait pas se limiter aux moyens militaires.
Il appelle ainsi les Bantous à renouer avec les principes qu’il présente comme ceux de leur descendance et de leur identité traditionnelle. Selon lui, l’authenticité bantoue constitue une source de valeurs susceptibles de contribuer à la restauration de la paix et de la cohésion sociale.
Sur le plan sécuritaire, le guide des Rasta Ouran soutient que le Muyira, dans sa conception traditionnelle, est naturellement non violent. Il évoque notamment le respect de la dignité humaine, l’interdiction de verser le sang, le respect des anciens ainsi que la protection de la Terre Mère Afrika comme des valeurs fondamentales de cette identité.
« Nous devons comprendre que la racine de beaucoup de maux qui rongent notre communauté n’est pas seulement matérielle. Elle est aussi spirituelle et identitaire. Nous avons perdu beaucoup de nos repères. Si nous voulons réellement sortir du chaos, nous devons revenir aux principes de notre descendance, aux valeurs de notre identité bantoue. Le Muyira est naturellement non violent. Notre éducation nous apprend à respecter la dignité humaine, à ne pas verser le sang, à respecter les anciens et à protéger la Terre Mère Afrika. Nous pensons que ces valeurs peuvent nous aider à répondre aux problèmes sécuritaires et même aux problèmes sanitaires qui touchent notre communauté. »
Cette position constitue, pour les responsables de l’OURAN, un appel à une transformation des comportements au sein de la communauté. Le mouvement estime que la restauration de la paix passe également par la réappropriation des valeurs culturelles et traditionnelles susceptibles de favoriser le respect mutuel et la coexistence pacifique.
La rencontre de Londo a également permis aux participants de découvrir certains aspects liés aux pratiques traditionnelles. Le siège central du mouvement avait été décoré à l’aide de différents outils traditionnels, donnant à l’activité une dimension culturelle en plus de son volet sanitaire et sécuritaire.
Les participants ont également suivi une brève présentation consacrée à l’utilité du chanvre dans plusieurs domaines de la vie. Cette intervention a été faite par Black Sanja, alias 12 Poumons.
La journée s’est clôturée par une prestation de danse traditionnelle, dans une ambiance de satisfaction parmi les cadres et membres des Rasta Ouran. La participation des personnes non membres du mouvement a également été présentée comme une occasion de favoriser les échanges autour des questions sanitaires, sécuritaires, spirituelles et culturelles.
À travers cette activité, l’Orientation de l’Unité des Rastas de l’Afrique Noire entend ainsi contribuer au débat communautaire sur les réponses à apporter à l’insécurité et à Ebola, en mettant l’accent sur la prévention, l’obéissance aux mesures sanitaires et la valorisation des principes culturels présentés par le mouvement comme des facteurs de cohésion et de paix.
Reportage Ghislain Lukambo, depuis Butembo