À Butembo, dans la province du Nord-Kivu, épargner auprès d’une banque ou d’une institution financière demeure un défi pour de nombreuses vendeuses du marché central. Entre la faiblesse des revenus, les charges familiales et le manque d’informations sur les services financiers disponibles, plusieurs commerçantes préfèrent conserver leurs économies à domicile. D’autres se tournent vers l’épargne à carte, communément appelée « Likelemba-carnet », un système qu’elles jugent plus accessible et mieux adapté à leurs moyens.
Le constat a été fait ce samedi 10 octobre par les reporters de la RTEE Kivu au marché central de Butembo, à quelques semaines de la Journée mondiale de l’épargne, célébrée chaque année le 31 octobre. Sur place, les témoignages recueillis mettent en évidence les difficultés rencontrées par les petites commerçantes pour mettre régulièrement de l’argent de côté, alors que leurs bénéfices servent souvent à couvrir les besoins essentiels de leurs familles.
Yvette Kavira, vendeuse d’arachides et de beignets, affirme que ses revenus ne lui permettent pas d’ouvrir un compte bancaire. Malgré cette contrainte, elle essaie de préserver une partie de ses recettes grâce à l’épargne à carte, un mécanisme qu’elle considère comme plus souple. Elle regrette toutefois le manque d’informations sur les conditions d’accès aux produits d’épargne proposés par les banques, les institutions de microfinance et les coopératives.
« Avec les petits bénéfices que nous réalisons au marché, il n’est pas facile de réunir les moyens nécessaires pour ouvrir un compte bancaire. Nous avons aussi besoin d’être mieux informées sur les conditions d’épargne dans les banques et les autres institutions financières. Pour nous, vendeuses, l’épargne à carte paraît plus accessible, parce qu’elle nous permet de mettre de l’argent de côté progressivement, selon nos possibilités », explique Yvette Kavira.
Au-delà de la faiblesse des revenus, les responsabilités familiales constituent un autre obstacle majeur. Masika Zawadi, vendeuse de légumes et mère de famille, indique que les dépenses quotidiennes absorbent souvent une grande partie de ses recettes. Dans certaines circonstances, elle est contrainte de puiser dans son propre capital commercial pour nourrir sa famille, ce qui réduit sa capacité à épargner et à développer son activité.
« Il arrive que les bénéfices réalisés ne suffisent même pas à couvrir les besoins de la famille. Nous sommes alors obligées de prendre dans le capital pour acheter à manger ou répondre à d’autres urgences. C’est pourquoi il devient difficile de conserver une épargne sur la durée. Je préfère garder moi-même mon argent à la maison, car j’ai peur de perdre mes économies dans certaines tontines ou ristournes informelles », témoigne Masika Zawadi.
Dans ce contexte, l’épargne à carte gagne progressivement du terrain auprès des petits commerçants de Butembo. Ce système permet aux épargnants de déposer de petites sommes de manière régulière, sans nécessairement devoir satisfaire à toutes les exigences liées à l’ouverture d’un compte bancaire classique. Parmi les structures citées dans la ville pour ce type de service figurent notamment PMI, COKADA et LWAGOKAS.
Toutefois, la préférence accordée à l’épargne informelle ou à domicile traduit également la nécessité de renforcer l’éducation financière des petits commerçants. Une meilleure information sur les conditions d’ouverture des comptes, les frais, la sécurité des dépôts et les produits adaptés aux faibles revenus pourrait contribuer à rapprocher davantage les institutions financières de cette catégorie de la population. À l’approche de la Journée mondiale de l’épargne, les difficultés exprimées par ces vendeuses rappellent que l’accès à des services financiers adaptés reste un enjeu important pour la protection des petites économies et le développement des activités commerciales locales.
Ange Kavuya, à Butembo