BUTEMBO : des influenceurs dans le viseur de la justice après des vidéos humiliantes publiées sans consentement

BUTEMBO : des influenceurs dans le viseur de la justice après des vidéos humiliantes publiées sans consentement

Une avocate du barreau du Nord-Kivu alerte sur les dérives des contenus humoristiques diffusés sur les réseaux sociaux et appelle les victimes à porter plainte

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Ghislain Lukambo

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À Butembo, la multiplication des vidéos humoristiques tournées dans les espaces publics commence à inquiéter plusieurs habitants, particulièrement des commerçants et vendeurs du marché central. Entre caméras cachées, mises en scène improvisées et publications virales sur les réseaux sociaux, certaines personnes dénoncent désormais des contenus qui portent atteinte à leur dignité et à leur réputation.

Face à cette situation, Maître Mery Bokito, avocate près la Cour d’appel du Nord-Kivu, rappelle que filmer une personne ou l’associer à une blague sans son consentement constitue une infraction punissable par la loi congolaise. Selon cette juriste, les créateurs de contenus, influenceurs et comédiens doivent impérativement respecter les droits fondamentaux des citoyens avant toute diffusion d’image ou de séquence audiovisuelle.

L’avocate s’appuie notamment sur l’article 74 du Code pénal congolais, livre II, qui sanctionne les actes portant atteinte à l’honneur d’une personne ou l’exposant au mépris public. Pour elle, l’explosion des contenus numériques ne doit pas conduire à banaliser l’humiliation publique ou les violences psychologiques exercées à travers les réseaux sociaux.

Dans plusieurs quartiers de Butembo, des habitants affirment avoir déjà été victimes de ces pratiques. Certains racontent avoir été filmés à leur insu pendant des activités commerciales, puis transformés en sujets de moquerie dans des vidéos largement relayées sur Facebook, TikTok ou WhatsApp. D’autres évoquent des scènes ayant provoqué peur, confusion ou tensions dans des marchés et lieux publics.

Pour Maître Mery Bokito, le problème devient préoccupant parce que plusieurs jeunes influenceurs confondent humour et atteinte à la vie privée. Elle insiste sur le fait qu’aucune liberté artistique ne peut justifier le non-respect des droits individuels.

« Les créateurs de contenus, les comédiens ou les influenceurs doivent tenir compte du respect reconnu à chaque citoyen congolais. Avant de prendre l’image d’une personne ou de diffuser un contenu l’impliquant, il faut obtenir son consentement préalable », a déclaré Maître Mery Bokito.»

La juriste encourage également les victimes à ne plus garder le silence lorsqu’elles se sentent lésées. Selon elle, beaucoup de citoyens ignorent encore les mécanismes judiciaires pouvant leur permettre d’obtenir réparation devant les juridictions compétentes.

« Il faut développer la culture de porter plainte lorsqu’on se sent victime d’une action qui nuit à sa dignité. Là où s’arrête le droit des uns, commencent les libertés des autres », a-t-elle insisté.»

Alors que les contenus humoristiques continuent de gagner du terrain dans la ville commerciale de Butembo, plusieurs observateurs appellent désormais à un encadrement plus strict des productions numériques afin d’éviter des abus susceptibles de troubler l’ordre public et de détériorer le vivre-ensemble.

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