Butembo : derrière la Journée des peuples autochtones, les Pygmées de Rughenda confrontés à une difficile vie de déplacés

Butembo : derrière la Journée des peuples autochtones, les Pygmées de Rughenda confrontés à une difficile vie de déplacés

G

Ghislain Lukambo

69 0

Alors que la communauté internationale célèbre ce dimanche 9 août la Journée internationale des peuples autochtones, la situation des populations pygmées déplacées à Butembo met en lumière les difficultés auxquelles ces communautés restent confrontées loin de leurs milieux d’origine. Dans la ville de Butembo, notamment au quartier Rughenda, en commune de Bulengera, cellule Matsinde, plusieurs familles pygmées vivent dans des conditions précaires après avoir fui les conflits armés qui ont affecté leurs zones d’origine. Parmi elles figurent de nombreux enfants et orphelins, désormais contraints de s’adapter à la vie urbaine et de faire face à des besoins essentiels, notamment en matière de logement, d’éducation et de moyens de subsistance.

À l’occasion de cette journée consacrée à la défense des droits des peuples autochtones, la RTEE Kivu s’est intéressée aux conditions de vie de cette communauté installée dans la ville de Butembo.

En République démocratique du Congo, la communauté pygmée est généralement reconnue comme peuple autochtone. Plusieurs membres de cette communauté présents à Butembo sont cependant arrivés dans la ville dans le contexte des déplacements provoqués par les conflits armés. Pour beaucoup, le déplacement a entraîné une rupture avec leur environnement traditionnel et les modes de vie auxquels ils étaient habitués.

À Rughenda, l’adaptation à la vie urbaine constitue ainsi un défi quotidien. Ces familles doivent désormais composer avec un environnement différent, où les exigences économiques sont plus importantes et où l’accès aux services sociaux de base demeure difficile.

John Kameta, président de la société civile, noyau de Bulengera, alerte notamment sur les difficultés d’adaptation auxquelles sont confrontées ces familles pygmées.

« Ces familles vivent une situation particulièrement difficile parce qu’elles sont pour la plupart venues ici comme déplacées de guerre. Beaucoup ont perdu leurs proches et certains enfants se retrouvent sans leurs parents. Leur adaptation à la vie en ville n’est pas facile, car elles viennent d’un environnement différent et doivent maintenant faire face aux exigences de la vie urbaine », explique John Kameta, président de la société civile, noyau de Bulengera, dans une intervention recueillie par la RTEE Kivu.

Parmi les préoccupations soulevées figure également la situation des enfants. À quelques semaines de la rentrée scolaire prévue en septembre, les enfants pygmées doivent, comme les autres enfants, se préparer à reprendre le chemin de l’école. Mais pour ces familles déplacées, la scolarisation représente un défi supplémentaire en raison notamment des difficultés économiques auxquelles elles sont confrontées. John Kameta insiste particulièrement sur la nécessité d’accorder une attention aux écoliers et étudiants issus de cette communauté afin qu’ils puissent poursuivre leur parcours scolaire dans des conditions acceptables.

« Les enfants pygmées doivent eux aussi aller à l’école et préparer la prochaine rentrée scolaire. Il est important que les autorités et les organisations qui interviennent dans le domaine social puissent penser à leur situation, parce que leurs familles connaissent de grandes difficultés. Il ne faudrait pas que leur déplacement et leur précarité deviennent un obstacle à leur éducation », plaide John Kameta, président de la société civile, noyau de Bulengera, dans une intervention recueillie par la RTEE Kivu.

La question de l’éducation n’est cependant qu’un aspect des difficultés rencontrées par cette communauté. L’accès aux soins de santé, au logement, à l’alimentation et aux activités génératrices de revenus reste également une préoccupation pour plusieurs familles déplacées. La célébration de la Journée internationale des peuples autochtones constitue ainsi une occasion de rappeler la nécessité d’une meilleure prise en compte de leurs droits et de leurs conditions de vie.

Instituée par les Nations unies, cette journée est célébrée chaque 9 août. Elle rappelle notamment la première réunion du Groupe de travail des Nations unies sur les populations autochtones. Elle vise à sensibiliser l’opinion internationale à la situation des peuples autochtones et à promouvoir la protection de leurs droits.

La journée met notamment l’accent sur la défense des droits fondamentaux des peuples originels, la protection de leurs terres et de leurs territoires, ainsi que la lutte contre les discriminations et les injustices dont ils peuvent être victimes. À Butembo, cette célébration intervient donc dans un contexte particulier pour les populations pygmées déplacées. Loin de leurs milieux d’origine, plusieurs familles doivent reconstruire leur vie dans une ville où elles rencontrent de nouvelles difficultés.

Pour les acteurs locaux, la réponse à ces besoins devrait notamment passer par un accompagnement spécifique des personnes déplacées, avec une attention particulière accordée aux enfants, aux orphelins et aux jeunes en âge scolaire.

La Journée internationale des peuples autochtones rappelle ainsi que la protection de leurs droits ne doit pas se limiter à une célébration annuelle, mais doit se traduire par des actions concrètes en faveur de leur dignité, de leur accès aux services essentiels et de leur intégration sociale.

babakar Vikwa, depuis Butembo

Tags : # Actualité # Nord-Kivu # RDC

Articles similaires