La gestion du secteur de l’électricité dans la ville de Butembo continue de susciter des débats. Le député national Crispin Mbindule Mitono a adressé une question écrite au ministre des Ressources hydrauliques et Électricité afin d’obtenir des éclaircissements sur la gouvernance du secteur énergétique dans cette partie du Nord-Kivu. Cette démarche intervient quelques jours après la tenue d’un forum provincial sur l’eau et l’électricité organisé à Butembo sous l’impulsion du gouverneur militaire de la province.
L’élu de Butembo conteste plusieurs orientations issues de cette rencontre tenue du 13 au 14 juillet 2026 au centre UHAI KIKYO. Parmi les résolutions présentées le 15 juillet par le gouvernement provincial figurait notamment un « accord de principe » signé par plusieurs opérateurs du secteur, portant sur l’interconnexion des réseaux électriques ainsi qu’un éventuel rachat au profit de la société Énergie du Nord-Kivu (ENK).
Pour Crispin Mbindule, cet accord soulève plusieurs préoccupations, notamment sur le respect des principes de libéralisation et de concurrence prévus par la législation congolaise dans le domaine de l’électricité. Selon lui, cette démarche aurait été engagée sans débat contradictoire approfondi ni études techniques préalables permettant d’évaluer sa faisabilité.
« Le secteur de l’électricité est un domaine réglementé par la loi. Toute décision majeure doit respecter les principes de concurrence, de transparence et de protection des intérêts des consommateurs. Un accord imposé sans débat technique suffisant ni consultation équilibrée des parties prenantes risque de créer davantage de problèmes qu’il n’en résout », estime Crispin Mbindule Mitono.
Le député rappelle également deux correspondances du ministère des Ressources hydrauliques et Électricité datées du 13 janvier et du 5 février 2026. Dans ces documents, le ministère aurait pris des mesures conservatoires en faveur de Congo Full Power (CFP) et dénoncé ce qu’il qualifie de chevauchement entre certaines installations d’ENK et la zone attribuée à Congo Full Power ou RED. Selon l’élu, les conclusions du forum provincial ne seraient pas conformes à ces orientations ministérielles, notamment en ce qui concerne l’organisation des réseaux et les conditions d’exploitation des opérateurs présents dans la ville de Butembo.
Dans sa question écrite adressée au ministre de tutelle, Crispin Mbindule formule douze interrogations portant notamment sur les mesures envisagées pour faire respecter les directives ministérielles, la position du gouvernement central face à l’accord de principe adopté localement, ainsi que les mécanismes permettant une coexistence harmonieuse entre différents opérateurs.
Parmi les préoccupations soulevées figurent également la base juridique de l’interconnexion envisagée, l’implication éventuelle de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) conformément aux dispositions légales, ainsi que les mesures destinées à éviter les superpositions techniques entre réseaux.
« Notre préoccupation principale reste l’intérêt de la population de Butembo. Les habitants ont besoin d’une fourniture stable, sécurisée et accessible à un coût raisonnable. Cela passe par une organisation claire du secteur, avec des opérateurs encadrés et respectueux des règles établies. Le libre choix du fournisseur doit également être préservé conformément à la loi », affirme le député national.
Pour Crispin Mbindule, la situation actuelle démontre la nécessité de maintenir un environnement ouvert à plusieurs opérateurs, à condition que ceux-ci soient correctement réglementés et que leurs interventions ne créent pas de conflits techniques ou juridiques.
Le parlementaire estime enfin que la résolution durable de la crise énergétique à Butembo nécessite une implication accrue du ministère national, des autorités provinciales, des opérateurs privés et des structures de régulation afin de garantir une desserte électrique répondant aux attentes des consommateurs.
Reportage de Ghislain Lukambo