Non aux chaînes, oui aux soins médicaux. Non à la marginalisation, oui à la réintégration sociale. Non à la stigmatisation, oui à la dignité du malade. À l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée chaque 10 octobre, les personnes vivant avec des troubles mentaux à Butembo ont pris la parole ce samedi 10 octobre 2026, au Centre de protection des indigents et malades mentaux (CEPIMA). Elles y ont aussi dénoncé les facteurs qui déclenchent ces maladies, parmi lesquels l'insécurité et les déceptions de la vie.
Pour cette journée, les patients n'étaient pas de simples spectateurs. Ils étaient les orateurs. Dans leur prise de parole, ils ont retracé un bref historique du traitement inhumain que subissaient, et que subissent encore parfois, les personnes atteintes de troubles mentaux. Pendant longtemps, l'enchaînement et l'isolement ont été présentés comme une réponse à la maladie, au lieu des soins.
Ils ont rappelé que cette pratique, qui bafoue la dignité humaine, n'a pas sa place dans une société qui veut protéger ses membres les plus vulnérables. À la place, ils plaident pour que les malades mentaux soient orientés vers des structures spécialisées, où une véritable prise en charge est possible.
« Pendant longtemps, on nous a traités comme des gens dont on devait se débarrasser. On nous a enchaînés, enfermés, cachés. Aujourd'hui, nous disons non à l'enchaînement des malades mentaux. La maladie mentale se soigne, et nous demandons que les familles et la communauté orientent les malades vers les structures spécialisées, où ils recevront des soins et le respect qui leur est dû », a déclaré un patient du CEPIMA.
Les patients en ont profité pour dénoncer les situations traumatisantes vécues en province du Nord-Kivu, qui plongent plusieurs citoyens dans la dépression et les troubles mentaux. Ils citent en particulier l'insécurité persistante et les déceptions, qui pèsent lourdement sur le moral et la santé psychique des populations.
« Beaucoup de gens dans notre province tombent malades à cause de ce qu'ils vivent : l'insécurité, les deuils, les pertes, les déceptions qui s'accumulent. Quand on a tout perdu et que personne ne vous écoute, l'esprit finit par craquer. Nous demandons qu'on prenne ces souffrances au sérieux, avant que d'autres personnes ne sombrent dans la dépression », a affirmé un autre patient du CEPIMA.
Face aux difficultés qui entourent leur prise en charge, les patients lancent par ailleurs un cri de détresse. Au sein des structures où ils sont soignés, la sécurité alimentaire pose problème. Ils disent aussi avoir du mal à honorer les factures, après plusieurs mois de traitement. Ils appellent donc à la proximité et à la générosité des bonnes volontés, pour que les soins puissent se poursuivre dans la dignité.
Le thème national de la journée était : « Quand les voix sont attendues, le changement devient réel : agir pour la santé mentale en RDC ». À Butembo, ce sont les voix des premiers concernés qui se sont fait entendre, pour réclamer des soins plutôt que des chaînes, et de la considération plutôt que de la stigmatisation.
Ghislain Lukambo, à Butembo